Bruxelles Intimiste

 

50 000 européens et européennes – certains estiment même 100 000 – forgent depuis Bruxelles des règles pour 500 millions. Fonctionnaires, lobbyistes, interprètes, représentants, assistants, stagiaires. Des gens plutôt éduqués, plutôt multilingues et plutôt mobiles. Peut-être une élite, peut-être pas.

 

Nous ne connaissons pas ces personnes, l'Union Européenne n'a pas de mythes, et ses acteurs n'ont pas de visage. Quand l'UE est perçue de l'extérieur, c'est au mieux comme une gouvernante austère qui réprimande à distance : ne pas fumer, ne pas faire de monopoles, ne pas discriminer ! On ne cesse de répéter qu'il faut "mieux vendre" l'action de cette union de nations. Mais il suffit d'entendre "Europe" pour piquer du nez.

 

Malgré cela, ces 50 000 personnes façonnent notre vie. Et si quelqu'un regardait ces personnes de plus près ? Si quelqu'un flânait à travers Bruxelles, laissant derrière lui les réunions et les conseils, se promenant près des portes secondaires et des arrière-boutiques, pour examiner les bonnes fées et les petites mains de la bulle européenne ? Si quelqu'un descendait parmi ses dealers, ses courtisans, ses confidents, rendait visite à ses hommes et femmes à tout faire, ses voisins belges, arabes, congolais, si quelqu'un observait ses styles, ses affaires et ses manières de s'exprimer et les décrivait dans une rubrique amusante – ne serait-ce pas d'une certaine manière nouveau ? Voilà ce que je me propose de faire.

 

Enraciné dans le continent entier par le sujet, je décris dans ma chronique l'Europe vue à travers le prisme d'un milieu, le milieu fugace de la bulle européenne. Ce milieu, caractérisé par une fluctuation élevée et des valises à roulettes, je le vis en nomade, parcourant les univers des eurocrates et des lobbyistes.

 

BRUXELLES INTIMISTE, ce sont 27 peuples et leurs minorités, des tribus sans État en plus de ceux qui sont restés dehors, ceux qui ne veulent pas rentrer et ceux condamnés à une politique de voisinage. 27 fois 27 plus une poignée de relations, de romances, de coups bas. Des nouveaux traits de caractère unifiés et ce qu'il reste des parties intimes de l'identité nationale.

 

Dans ma chronique, tous les peuples seront cités. À la fin, l'Europe entière aura été présentée. Je suis un étranger à Bruxelles. J'y entre naïf, émerveillé et ouvert quant au résultat, avec le regard de l'étranger.

 

Si je trouve un temple du vice, j'en parlerai. Si je trouve des querelles de clans ou des européens aseptisés, alors j'en parlerai. Et si je trouve l'ennui, je parlerai d'ennui.

 

 

Paru sous divers titres dans les journaux suivants :

- Die Presse, Vienne, Autriche
- Stuttgarter Zeitung, Stuttgart, Allemagne

-
Freitag, Berlin, Allemagne
-
Südostschweiz, Chur, Suisse
- Der Bund, Berne, Suisse

-
ždeň, Bratislava, Slovaquie